Appendice


Explication:
Les nombres dans les crochets se réfèrent aux numéros de page dans le livre

 

[50]  LES TITRES DE L'EVEQUE DE ROME.—"Le pape est désigné par un assez grand nombre de dénominations. Autrefois, lorsqu'on s'adressait à lui, on l'appelait: Beatitudo Vestra, Magnitudo Vestra, Excellentia Vestra, Majestas Vestra. Parmi les titres les plus usités, on compte: Pontifex Maximus, Sumus Pontifex qui furent donnés jadis à des évêques et à des archevêques, Sanctitas et Sanctissime Pater (Sa Sainteté, Très Saint Père). Quant au titre de Vicaire de Jésus-Christ, il fut donné à l'évêque de Rome, puis à des évêques et à des rois, et ne fut appliqué exclusivement au pape que vers le XIIIe siècle. Enfin la célèbre formule: le Serviteur des Serviteurs de Dieu (Servus servorum Dei) se rencontre pour la première fois dans une lettre de saint Augustin. Grégoire 1er l'adopta parmi ses titres; toutefois elle ne devint d'une application générale qu'à partir d'Innocent III, et, vers le milieu du XVe siècle, elle fut exclusivement réservée pour les bulles." (P. Larousse, Dictionnaire Universel, art. "Papauté", vol. XII, p. 137.)

"Depuis Innocent III les papes, non contents de se faire appeler successeurs ou vicaires de saint Pierre, ou comme Grégoire VII de s'identifier avec cet apôtre, prennent le titre de "vicaires de Christ" ou "vicaires de Dieu". "Ce que fait le pape dans l'Eglise, dit Innocent, ce n'est pas un homme qui le fait, mais Dieu lui-même par son vicaire" et cela, disent ses commentateurs, en vertu d'un coeleste arbitrium par lequel il peut changer la nature des choses, intervertir le droit, sans avoir à alléguer d'autre raison que sa volonté. "Personne, dit le moine Augustin Triumphus, ne peut en appeler du pape à Dieu, attendu que sa sentence est celle de Dieu même (unum consistorium et ipsius papae et ipsius Dei). Aussi bien que le Christ, il est l'époux de l'Eglise; il juge tout le monde et ne peut être jugé par personne." Enfin le canoniste Zizelin ne craint pas de l'appeler Dominum Deum nostrum papam, et le poète normand Geoffroy de Visinaut de déclarer que Dieu, en créant le monde, en a divisé le gouvernement en deux parts, le ciel pour lui, la terre pour Innocent III." (Histoire du Christianisme depuis son origine jusqu'à nos jours, par Etienne Chastel, tome III, p. 188, 189, Paris, Fischbacher, 1885.)

 

[52] LE CULTE DES IMAGES.—"Le culte des premières communautés chrétiennes, dérivant immédiatement quant à ses formes de celui des synagogues, était naturellement sans images. Les chrétiens des premiers siècles raillaient volontiers les païens de la vénération superstitieuse qu'ils manifestaient pour les représentations visibles de leurs dieux. C'est un des thèmes favoris des apologistes. Les défenseurs de la vieille religion en appelaient exactement à la même distinction que les catholiques d'aujourd'hui entre l'image elle-même et celui dont elle évoquait la pensée sans parvenir, plus qu'eux, à détruire l'objection tirée de la pratique (Lactance, Instit. div., II, 2). ...

"Cependant, à partir du cinquième siècle et de l'entrée en masse des païens dans l'Eglise, cette première sévérité se relâcha graduellement. Bientôt les saintes images furent l'objet d'une vénération qui dégénéra vite en idolâtrie. Quelques évêques s'efforcèrent de réprimer cet abus. ...

"Mais le siège romain fut toujours enclin à favoriser plutôt ce genre de dévotion qu'à le restreindre, bien que Grégoire le Grand maintînt encore avec fermeté l'interdiction de toute adoration proprement dite des images faites par les hommes. Cela ne put empêcher la multitude de se laisser entraîner sur cette pente glissante. ... L'Orient fut le théâtre de la première tentative de réforme. ... Ceux qui voulurent la réaliser cherchèrent à laver l'Eglise chrétienne du reproche peut-être le plus apparent que lui faisaient les musulmans en l'accusant d'idolâtrie. ...

"En 754 Constantin Copronyme [empereur d'Orient] convoqua un concile oecuménique à Constantinople. Aucun des patriarches n'y assista, mais 338 évêques réunis dans cette ville déclarèrent que Satan seul avait pu réintroduire le culte des (images et des) créatures. ... Le culte des images était contraire, ajoutaient-ils, à la sainte Ecriture (Jean 4:24; 1:18; 20:29; Deutéronome 5:8, 9; Romains 1:23; 2 Corinthiens 5:7; Romains 10:17) et condamné par les Pères. Les partisans de l'opinion opposée furent anathématisés, et tout le clergé dut souscrire le décret. ... LE PAPE ETIENNE III REPOUSSA LE DECRET DE 754, et, en 769, son successeur ETIENNE IV FIT CONDAMNER LES ADVERSAIRES DES IMAGES PAR UN CONCILE DE LATRAN. ... En 787 (DEUXIEME CONCILE DE NICEE), LE DECRET DE 754 FUT CONMAMNE, et il fut décrété que l'on devait aux images la salutation et la vénération honorifiques en les distinguant de l'adoration formelle, qui ne convenait qu'à Dieu.

"La querelle de l'Orient eut son contrecoup en Occident. ... Le concile de Francfort (794), malgré la présence du légat, repoussa à l'unanimité les décrets élaborés à Nicée et anathématisa quiconque rendrait aux images servitium aut adorationem [service ou adoration]. Tant que Charlemagne vécut, l'opposition à tout culte rendu aux images se maintint dans l'empire franc et dans l'île de Bretagne, sans que la cour de Rome osât protester autrement que par des remontrances assez molles. ...

"Mais ces efforts individuels ou locaux ne purent empêcher l'invasion graduelle du culte des images, toujours encouragé à Rome. Peu à peu se consolidèrent les superstitions grossières dont il est la source fatale." (F. Lichtenberger, Encyclopédie des Sciences religieuses, Paris, Fischbacher, 1879, tome VI, p. 486-490, art. Images [Querelle des], par A. Réville.)

Voir Baronius, Annales Ecclésiastiques, vol. IX, p. 391-407 (édit. d'Anvers, 1612); abbé Fleury, Histoire Ecclésiastique, vol. IX, Bruxelles, 1721; C.-J. Hefele, Histoire des Conciles, 7 vol. 1855-1874, 2e édition, 1873 ss.

 

[53] EDIT DE CONSTANTIN SUR LE DIMANCHE.—Voici la teneur de cette loi promulguée en date du 7 mars 321: "Que tous les juges, les citadins et les artisans se reposent au jour vénérable du soleil. Mais que ceux qui habitent la campagne s'adonnent paisiblement et en toute liberté à la culture de leurs champs, attendu que souvent aucun autre jour n'est aussi propice pour faire les semailles ou planter les vignes; il ne faut donc pas laisser passer le temps favorable, et frustrer ainsi les intentions bienveillantes du ciel." (Code Justinien, L. III, titre 12, loi 3. Citée en latin dans le Jour du Seigneur, par Louis Thomas, doct. en théol., vol. II, Append. III, p. 21. Genève et Paris, 1893.)

Voir Encyclopédie des Sciences religieuses, tome III, p. 751, art. "Dimanche"; Abbé Bergier, Dictionnaire de théologie, tome II, p. 566, art. "Dimanche"; Mosheim, Histoire ecclésiastique, IVe siècle, par. II, sect 5.

 

[55] DATES PROPHETIQUES.—Voir la page 355 et plus loin la note relative à cette page.

 

[56] LES FAUSSES DECRETALES.—Au nombre des principales falsifications historiques destinées à établir la puissance papale, il faut nommer la Donation de Constantin et les Décrétales pseudo-isidoriennes. Dans un ouvrage intitulé: Le Pouvoir du pape sur les souverains du Moyen Age (Paris, 1839), l'auteur, M.*** (Gosselin), directeur du Séminaire de St. Sulpice, dit de la première: "... On a supposé que le pouvoir temporel du pape sur plusieurs états de l'Europe était fondé sur la Donation de Constantin, c'est-à-dire sur un acte solennel par lequel ce prince avait donné pour toujours au Saint-Siège la ville de Rome, avec l'Italie et toutes les provinces de l'empire en Occident. Nous croyons inutile de nous arrêter ici à l'examen de cette prétendue donation, généralement regardée comme apocryphe par les critiques modernes, depuis la Renaissance des lettres."

En ce qui concerne les secondes, l'abbé Fleury, dans son Histoire ecclésiastique (tome IX, liv. 45, par. 22, p. 445, 446, Bruxelles 1721), écrit ce qui suit:

"La collection où elles se trouvent porte le nom d'Isidore Mercator, qui paraît avoir été espagnol. ... Il ne dit point où il les a trouvées. Elles étaient inconnues à Denys-le-Petit, qui recueillit deux cents ans auparavant les Décrétales des papes. ... D'ailleurs elles portent des caractères visibles de fausseté. Toutes sont d'un même style qui convient beaucoup mieux au VIIIe siècle qu'aux trois premiers: longues et remplies de lieux communs et, comme on l'a découvert en les examinant curieusement, remplies de divers passages de saint Léon, de saint Grégoire et d'autres auteurs postérieurs aux papes dont elles portent le nom. Leurs dates sont presque toutes fausses. ... Cependant son artifice, tout grossier qu'il était, en imposa à toute l'Eglise latine. Ses fausses Décrétales ont passé pour vraies pendant huit cents ans; et à peine ont-elles été abandonnées dans le dernier siècle. Il est vrai qu'il n'y a plus aujourd'hui d'homme médiocrement instruit en ces matières, qui n'en reconnaisse la fausseté."

Voir Mosheim, Histoire ecclésiastique, liv. III, siècle 9, 2e partie, chap. 2, sect. 81.

"La fausseté des Décrétales attribuées aux premiers papes", dit Du Pin, docteur de Sorbonne (Nouv. Bibl., des auteurs ecclés., p. 215, Utrecht, 1731) "est présentement si connue qu'il ne serait pas nécessaire d'en rien dire". (Cité par Gaussen, Le Canon des Ecritures, vol. II, p. 169.)

Parlant "de tant de pièces apocryphes ou falsifiées" le Dictionnaire de Théologie catholique dit: "Si au XIXe siècle encore, le faussaire trouva des défenseurs dans Dumont et l'abbé Darras, l'unanimité des savants, sans aucune distinction de patrie ou de religion, proteste contre le malheureux succès de cette déplorable fourberie." (Art. "Les fausses Décrétales", colonnes 214 et 221. Letouzey et Ané, édit., Paris.)

 

[58] LES DICTATUS DU PAPE GREGOIRE VII.—"Ainsi rien ne manquait à la suprématie spirituelle des pontifes romains en Occident. Pouvoir administratif universel par le moyen des légats, pouvoirs constitutif, judiciaire, législatif suprêmes, tous leur étaient dévolus. Nous les trouvons déjà, sinon proclamés ex professo dans ce qu'on appelle les Dictatus Gregorii VII, dont l'authenticité est contestée, du moins occasionnellement revendiqués dans les lettres de Grégoire VII et dans les différents actes de son pontificat. (Etienne Chastel, Histoire du Christianisme, tome III, p. 188.)

 

[59] LE PURGATOIRE.—Voir le Dictionnaire théologique de l'abbé Vigouroux, art. Purgatoire, et le même article dans le Dictionnaire de théologie de l'abbé Bergier, Toulouse, 1823. Il n'était pas rare, autrefois, en entrant dans une église catholique, d'y voir suspendu, au-dessus d'un tronc "en faveur des âmes du Purgatoire", un tableau terrifiant des malheureux qui s'y tordent dans les flammes.

 

[60]  INDULGENCES.—Voir la note pour la page 135.
LA MESSE.—Sur la doctrine de la messe, voir l'ouvrage du cardinal Wiseman: The Real Presence of the Body and Blood of Our Lord Jesus Christ in the Blessed Eucharist; Catholic Encyclopaedia, art. "Eucharist", par J. Pohle, S. T. D., Breslau; Canons and Decrces of the Council of Trent, sess. 13, chap. 1-8 (London ed. tr. by T. A. Burkley, p. 70-79); K. R. Hagenbach, Compendium of the History of Doctrines, vol. I, p. 214-223, 393-398, et vol. II, p. 88-114; Institution de la Religion chrétienne, par Jean Calvin (nouv. éd., Genève, 1888), liv. IV, chap. 18, par. 8; Abbé Bergier, Dict. de Théol., vol. III, p. 247-283; Dict. théologique de Vigouroux, art. "Eucharistie".

A l'époque de la Réformation, le docteur de Sorbonne Guy Furbity, appelé à Genève, en 1533, pour y combattre l'Evangile, déclarait: "Un prêtre qui consacre les éléments de la Cène est au-dessus de la Vierge, car elle n'a donné la vie à Jésus-Christ qu'une fois, tandis que le prêtre le crée tous les jours, aussi souvent qu'il le veut. ... Ah! le prêtre! ... il ne faudrait pas seulement le saluer, il faudrait s'agenouiller, se prosterner devant lui."

On retrouve fréquemment ces mêmes affirmations dans des journaux ou des ouvrages de piété catholiques. Au mois de décembre 1912, on lisait, par exemple, dans le Messager du Très-Saint Sacrement (de Montréal, Canada) sous le titre de "le Prêtre" un morceau d'où nous détachons ces deux vers: Des hommes revêtus de grâce surhumaine Parlent, et Dieu soudain se fait obéissant.

 

[67] VERSIONS VAUDOISES DES ECRITURES.—Voir E. Petavel, La Bible en France, ch. 2, pr. 3, 4, 8-10, 13, 21, (éd. de Paris 1864); D. Lortsch, Histoire de la Bible en France, Paris, 1910, p. 8, 19, 101, 102, 106; Encyclopédie des Sciences religieuses, art. "Vaudois", vol. XII, p. 1054.

 

[79] BULLE CONTRE LES VAUDOIS.—Une portion considérable du texte de la Bulle papale promulguée par Innocent VIII, en 1487, contre les Vaudois (bulle dont l'original se trouve à la bibliothèque de l'Université de Cambridge) est traduite dans History of Romanism, de Dowling, liv. VI, ch. 5, sec. 62 (éd. 1871). Voir Jean Léger, Histoire générale des Eglises vaudoises, et Chastel, Histoire du Christianisme, vol. III, p. 476-479.

 

[86] INDULGENCES.—Voir la note pour la page 135.

 

[87] WICLEF.—Le texte original des bulles papales publiées contre Wiclef, avec traduction anglaise, se trouve dans J. Foxe, Acts and Monuments, vol. III, p. 4-13 (Pratt-Townsend, ed. London, 1870). Voir aussi J. Lewis, Life of Wiclef, p. 49-51, 305-314 (ed. 1820); Lechler, John Wycliffe and his English Precursors, ch. 5, sec. 2 (p. 162-164, London ed., 1884, tr. by Lorimer); A. Neander, General History of the Christian Church, period 6, sec. 2, part 1, par. 8.

 

[88] L'INFAILLIBILITE PAPALE.—Voir Catholic Encyclopaedia, art. "Infaillibility" par J. Turner, S. T. D.; P. Larousse, Dictionnaire universel du XIXe siècle, vol. III, art. "Infaillibilité"; Encycl. des Sciences rel., vol. VI, art. "Infaillibilité", par A. Réville.

 

[108] INDULGENCES.—Voir la note pour la page 135.
LE CONCILE DE CONSTANCE.—Voir Mosheim, Histoire ecclésiastique, liv. III, XVe siècle, 2e partie, ch. 2, sec. 3; Lenfant, Hist. du Concile de Constance (1714-1727); Encycl. des Sciences rel., art. "Constance"; Abbé Fleury, Hist. ecclés., Bruxelles, 1726, vol. XXI; Neander, History of the Christian religion and Church, period 6, sec. 1 (1854 ed., tr. by Torrey, vol. V, p. 94-101).

 

[129]—Dans ce chapitre et ceux qui suivent sur l'histoire de la Réforme, les citations non accompagnées de références sont empruntées au bel ouvrage de Merle d'Aubigné sur la Réformation au XVIe siècle. Fischbacher, Paris. Ne pas confondre avec l'ouvrage du même auteur sur la Réformation au temps de Calvin.

 

[135] INDULGENCES.—"Ce moyen de tirer de l'argent commença à être mis en usage vers l'an 1100 par le pape Urbain II", dit Sarpi dans son Histoire du Concile de Trente (vol. I, liv. I, p. 13-18, Oxford, 1771). Voir le vol. II, p. 745 et 766 sur les débats et décrets du Concile de Trente à cet égard; Bergier, Dict. de Théologie, vol. III, art. "Indulgences"; Catholic Encyclopaedia, art. "Indulgences", par W. H. Kent, O. S. C., de Bayswater, Londres; Léopold de Ranke, Histoire de l'Allemagne au temps de la Réforme (1839).

Le texte de l'absolution donnée par Tetzel aux acheteurs d'indulgences est publié dans l'article: "Indulgences", au Dictionnaire universel du XIXe siècle de P. Larousse (vol. IX), où on lit:

"Quand il [Tetzel] parlait de l'application de l'indulgence aux défunts, il proclamait comme une vérité incontestée que l'état de grâce n'était pas requis. Cette assertion sans nuances l'amena à s'exprimer comme si la contribution pécunière était tout et avait une efficacité infaillible."

Sobald das Geld im Kasten klinkt!
Die Seele aus dem Fegfeuer springt!
A peine dans le tronc est tombée une obole
Du purgatoire une âme au paradis s'envole.
(Traduction de M. Christiani)

"Tel aurait été, au dire de Luther, l'adage favori de Tetzel, et l'attribution paraît justifiée pour le sens, sinon pour les termes eux-mêmes."

 

[249] L'ORDRE DES JESUITES.—Voir ce mot dans le Dictionnaire universel de P. Larousse, vol. IX, Paris, 1873.  L'article (de Ch. Sauvestre) résume l'histoire de l'ordre, cite les ouvrages d'auteurs jésuites sur la morale de l'ordre (probabilisme) et les "Instructions secrètes de la Société de Jésus".

Nous donnons ci-dessous une partie de l'article consacré à cet ordre dans le Dictionnaire d'Histoire ecclésiastique de J. A. Bost (Fischbacher, Paris, et Beroud, Genève, 1884):

"JESUITES, ordre fondé en 1534 par Ignace de Loyola, et approuvé en 1540 par Paul III. Il porte aussi le nom de Compagnie ou Société de Jésus. S'il eut dès l'abord plusieurs objets en vue, les circonstances l'amenèrent presque aussitôt après sa fondation à entrer en lice avec la Réforme, et il se jeta dans la mêlée avec une hardiesse qui ne reculait devant rien et avec un succès qui dépassa même ses espérances. ... Les statuts sont calculés pour faire de chacun l'instrument absolument passif de ses supérieurs. ... La théorie de l'obéissance passive, empêchant le développement de la conscience individuelle, a été, avec le pélagianisme qui est à la base de tout le système, la grande inspiratrice de la morale jésuitique ... [dont les préceptes] les uns sévères, à l'usage des personnes qui prennent la religion au sérieux, les autres, d'une indulgence effrayante pour tous les vices, pour tous les crimes commis ou à commettre. ... La morale des jésuites se caractérise encore par la direction de l'intention: on peut voler, calomnier, tuer, pourvu qu'en le faisant on éloigne l'intention coupable, et qu'on s'en tienne à l'intention permise, par exemple au désir d'être riche pour pouvoir faire du bien, au désir de sauver son honneur et peut-être sa vie. Enfin les réservations mentales, autre système ingénieux inventé par les jésuites, consistent dans le droit d'affirmer une chose fausse, même par serment, pourvu que dans son for intérieur on en pense une autre qui infirme ou modifie celle que l'on paraît affirmer. Les Provinciales de Pascal flagellèrent ces turpitudes et portèrent aux jésuites un coup fatal et décisif, dont ils ne se sont jamais relevés moralement. De leur côté, les capucins et les franciscains, jaloux de leurs succès dans les missions lointaines, dénoncèrent leur méthode d'accommodation et de supercherie dont ils usaient pour faciliter la conversion des païens au christianisme. Mais ce qui acheva de les perdre, ce fut leur conduite politique. ...

"La guerre de Trente ans leur livra la Bohême et la Silésie. Bientôt ils gagnèrent la Belgique et la Pologne, et y écrasèrent le protestantisme par la violence. La Suède seule leur ferma résolument ses portes en 1593. Elisabeth les avait bannis d'Angleterre, ainsi que tous les ordres religieux en 1585. ...

"Nous n'avons rien dit de leur enseignement au point de vue des moeurs; la question est trop délicate; on sait seulement que plusieurs de leurs manuels ont dû être supprimés par les gouvernements, et que celui du P. Gury en particulier renferme des questions et des réponses qui ne peuvent pas être reproduites, même en latin. Les jésuites ont produit, outre leurs célèbres casuistes, Mariana, Sanchez, Escobar, des missionnaires zélés, comme Xavier; des pédagogues habiles; des savants, comme Bolland, Sirmond, Porée; des prédicateurs éloquents, comme Bourdaloue. Mais, chose curieuse, ils n'ont jamais réussi dans leurs entreprises politiques, et c'est lorsque leur influence semblait le mieux assise que leurs projets échouaient contre le réveil des souverains ou contre le bon sens des peuples. ...

"En vain les gouvernements demandèrent au général, le P. Ricci, quelques changements dans les constitutions de l'ordre; Ricci répondit fièrement: Sint ut sunt, aut non sint (qu'ils soient ce qu'ils sont ou qu'ils ne soient pas). Clément XIII essaya de les défendre dans sa bulle Apostolicum, en 1765, mais après sa mort, le 19 août 1773, Clément XIV publia sa bulle Dominus ac Redemptor Noster, qui supprimait les jésuites et fermait leurs collèges. Tous les Etats catholiques s'empressèrent de publier cette bulle."

Cette défaite, qui venait après douze siècles d'une prospérité extraordinaire pour la papauté, est appelée dans la prophétie sacrée (Apocalypse 13:5) une "blessure mortelle" qui devait être "guérie". Elle avait duré cent treize ans.

Par un bref pontifical daté du 13 juillet 1886, Léon XIII rétablissait les jésuites dans tous leurs privilèges. Depuis sa restauration, l'ordre n'a cessé de grandir tant dans les pays protestants que dans les pays catholiques où il suit et prépare la fortune et les progrès de l'Eglise catholique. D'abord, en Allemagne, où la menace du socialisme a obligé le chancelier de fer à se rapprocher du parti catholique et de la papauté en abrogeant ses fameuses "lois de mai" issues du Kulturkampf (1873), et en rappelant par conséquent les ordres monastiques. Les jésuites ne devaient pas tarder à voir se rouvrir des portes que, du reste, ils n'avaient jamais franchies.—En Angleterre, l'influence du jésuitisme est visible dans le mouvement ritualiste et dans de nombreuses conversions au sein de l'aristocratie.—Aux Etats-Unis, où l'immigration a donné à l'élément catholique une puissance numérique très grande, l'influence des ordres et notamment de la "Société de Jésus" a atteint un degré inattendu qui tend à modifier les principes politiques de la grande République.—Où l'ordre jouit actuellement du plus grand crédit et de la plus grande puissance, c'est en Belgique.—En France, malgré toutes les fluctuations de la politique, les jésuites ont pris des revanches éclatantes en 1873, 1877 et depuis.—La Suisse ne fait pas exception à la règle.

Voir Encycl. des Sciences rel., art. "Jésuites". Quesnel, Histoire des religieux de la Compagnie de Jésus, 3 vol. Utrecht, 1741; René de la Chalotais, Compte rendu des Constitutions des Jésuites, Paris 1762. Michelet et Quinet, Des Jésuites, Paris, 1843. Crétineau-Joly, Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus, 5 vol., Paris, 1844-1845; A. de Saint-Priest, Histoire de la chute des Jésuites au XVIIIe siècle, Paris, 1846. Guettee, Histoire des Jésuites, 1858-59; Wolf, Histoire générale des Jésuites, 4 vol., Leipzig, 1863; Nippold, L'Ordre des Jésuites depuis sa restauration jusqu'à l'époque actuelle, Heidelberg, 1869.

 

[250] L'INQUISITION.—Voir sur ce trop fameux tribunal: Catholic Encyclopaedia, art. "Inquisition", par J. Blötzer, Munich; H. C. Lea, Histoire de l'Inquisition au Moyen Age, trad. Salomon Reinach, Paris, 1900-1902; Llorente, Histoire critique de l'Inquisition d'Espagne, 4 vol., Paris, 1817; Hefele, Le Cardinal Ximenès, Tubingue, 1844; Encycl. des Sciences rel., art. "Inquisition", vol. VI, p. 735-752; E. Vacandard, L'Inquisition, étude historique et critique sur le pouvoir coercitif de l'Eglise, Paris, Bloud, 1912.

 

[286] CONSEQUENCES LOGIQUES DE LA PERSECUTION EN FRANCE OU CAUSES DE LA REVOLUTION FRANÇAISE.—Plusieurs historiens jouissant d'une juste considération font remonter les causes de la Révolution française à la proscription de la Réforme et du peuple de la Réforme—c'est-à-dire de la Parole de Dieu—par l'ensemble de la nation. Voir Lorimer (The Protestant Church in France); Buckle (History of the Civilisation in England), H. von Sybel (History of the French Revolution).

Dans la littérature française, il faut citer un remarquable morceau de "philosophie de l'histoire" par Edgar Quinet, morceau où la douleur tourne à l'ironie, et que cet historien intitule lui-même: Des Dragonnades à la Terreur. Nous le reproduisons in-extenso:

"Dans la vie privée, il n'est pas juste que les fils expient la faute des pères. C'est une idée admise par notre temps. Mais dans la vie des peuples, cette philosophie échoue; et il est certain que les générations sont châtiées des fautes des générations précédentes. Voilà le seul moyen de donner une explication du règne de la Terreur.

"Comme Louis XVI a été frappé à cause de l'iniquité des rois qui l'avaient précédé, de même les Français de tous les rangs ont été punis en 1793 et 1794, par la Terreur, de la servilité de leurs ancêtres. Le glaive a frappé sur tous les rangs, parce que la servitude avait été l'oeuvre de tous. L'histoire de France se dénoue avec fureur dans ces années d'épouvante; la colère d'en haut tranche le noeud gordien des dix derniers siècles. De toutes les révolutions, la Révolution française a été la plus sanglante, parce que l'histoire de France est celle qui avait laissé s'accumuler le plus d'iniquités. La fureur a dû être plus grande là où la patience avait été la plus longue.

"Ce fut un avantage [!] incommensurable pour les terroristes d'avoir pour précédents et pour modèles les déclarations ordonnées de Louvois dans la Révocation. Sans doute, le même esprit, qui veut que tout serve d'exemple dans notre histoire, a préparé de loin ces admirables précédents, afin que le chemin fût tracé à la postérité. Car les terroristes, grâce à ce plan magnifique et tout divin [!], privilège unique de notre race, ont pu marcher avec sûreté dans cette voie de sang. Chaque étape était marquée d'avance. Merlin de Douai s'appuie sur Louvois, Fouquier sur Bâville. L'ange pieux [!] de l'extermination, sans nul doute, avait pris soin pour nous de frayer cette route. Les noyades de la Loire ont eu leurs modèles: au XVIIe siècle, un Planque proposait que l'on noyât en mer les protestants. Avertissement à Carrier. Villars menace de passer des populations entières au fil de l'épée; c'est déjà le langage de Collot-d'Herbois. Montrevel invente la loi des otages; le Directoire n'aura qu'à la faire revivre.

"Mais, avouons-le, la Terreur de 1793 ne sut pas égaler en tout la Terreur de 1687. En cela il y eut décadence. On ne revit pas la même patience dans les bourreaux, ni des supplices si longs, ni des morts que Bâville faisait savourer, sous ses yeux, pendant des journées entières. 93 n'employa pas la torture; il ne brûla ni n'écartela ses victimes; il ne rompait pas les os des condamnés avant de les jeter grouillants dans le bûcher.

"Véritablement, il n'est guère possible à un Français de lire les horreurs de la Révocation de l'Edit de Nantes; elles ont eu pour nous de trop fatales conséquences qui saignent encore. Elles ont fait entrer dans nos coeurs le mépris des choses morales quand elles sont aux prises avec la soldatesque. Il en est resté une admiration indélébile pour l'oeuvre du sabre, un ricanement interminable devant la conscience qui ose résister.

"Dragonner les esprits, sabrer les croyances, écharper les idées, opposer l'esprit troupier à l'enthousiasme naïf, rien ne semble plus simple. Ces corbeilles remplies de têtes et envoyées au gouverneur, ces novateurs convaincus et brusquement réduits au silence à coups de pistolet, ces intrépides [!] et incomparables charges de dragons contre de petites filles de sept ans, ces héroïques [!] soldats plus furieux que des "ours", qui se couvrent de gloire en fusillant à bout portant, massacrant les enfants en extase, toutes ces voix de suppliciés qui se taisent lâchement [!] sous le bruit des tambours, ces troupeaux d'âmes livrées aux moqueries des régiments, que tout cela est magnifique et bien fait pour établir dans les coeurs la pure religion du sabre! Car enfin, on ne niera pas que le sabre a fort bien converti en Poitou et en Saintonge. [!]

"Comment ces cinq cent mille hommes d'élite ont-ils pu être arrachés à la France, sans que les pierres aient crié? Comment un pareil silence, puis presque aussitôt un pareil oubli? Et ce n'était pas la passion, le fanatisme qui rendirent la France si aisément complice de ces persécutions. Ce fut obéissance au maître.

"Quand le XVIIIe siècle se leva, les supplices ne se lassèrent pas. Les gibets marquèrent les jours. Les héros des Cévennes, torturés, rompus vifs, puis écartelés, puis brûlés au milieu des ricanements de la foule et laissés en pâture aux corbeaux, remplissent d'abord la scène. Ils montrent ce qu'on pouvait encore trouver de barbarie sous l'élégance et la frivolité de ce temps. Les meurtres paraissent plus odieux parce qu'ils sont ordonnés sans foi et par routine. Les juges continuent de condamner, les bourreaux de tuer, par servilité, par complaisance.

"Au milieu de tant d'horreur, la France n'avait témoigné ni regret ni pitié. Quelques années s'étaient passées; elle avait tout oublié. Ces plaintes déchirantes des exilés, ces demandes de garanties, cette dignité de l'individu, cette résistance à l'oppression, ce sérieux du coeur, ne parurent bientôt aux Français qu'un style de "réfugiés". Cela aida sans doute les proscrits à affermir leurs coeurs sans regarder en arrière.

"Les persécutions que les catholiques ont fait subir aux protestants ont corrompu les premiers. La comparaison perpétuelle, que les intendants étaient chargés de faire entre la conviction religieuse et les intérêts, était avilissante pour tous.

"Déjà l'exemple de la noblesse, par ses abjurations intéressées, avait enseigné bien haut qu'il n'y a qu'une chose sérieuse dans la vie: les biens et la fortune. [!] C'était le mot de Bâville.

"Il y eut quelque chose de plus odieux que les supplices. Je veux dire les mépris, les brutalités, les outrages envers les convictions. On donnait huit jours à une population pour se convertir: après cela le sabre. La légèreté, comme tyran, aidait à la cruauté. On riait de ces âmes quand on les avait flétries. Le duc de Noailles écrit à Louvois: "Le nombre des religionnaires dans cette province est de 240 000. Je crois qu'à la fin du mois, tout sera expédié." Jamais pareil cynisme dans la persécution. On ne recevait les hommes à merci qu'après les avoir dégradés. L'athéisme devait sortir de là; Bayle eut le mérite de l'annoncer le premier.

"Louis XIV, Louvois, Tellier [jésuite, confesseur du roi] extirpèrent Dieu. Les missionnaires bottés déchristianisèrent les catholiques.

"Cette histoire dégouttante de sang et de meurtre, pleine de gibets, de roues et de galères, produisit le mépris de toute religion, des vainqueurs comme des vaincus; le carnage continua par habitude quand le fanatisme fut rassasié. La régence vint; elle fit une nation athée. Mais le XVIIIe siècle continua de massacrer, de pendre, d'étrangler, par amusement. ...

"Ainsi la Terreur a été le legs fatal de l'histoire de France.

"Note de l'auteur.—J'ai déjà marqué cette tradition dans Le Christianisme et la Révolution française, 1845, et dans la Philosophie de l'Histoire de France, 1854." (La Révolution, tome II.)

C'est nous qui soulignons dans les trois derniers paragraphes.

Pour bien apprécier la justesse de ce legs fatal, il faut savoir ce que furent les dragonnades, ce que fut la Révocation de l'Edit de Nantes. Aussi croyons-nous utile de signaler au lecteur le tableau d'ensemble clair, précis, poignant dans sa simplicité, qu'en donne l'Histoire des Protestants de France, par Charles Bost, pasteur au Havre (éd. de la Cause, Neuilly-sur-Seine, 1925, p. 79-126).

Quelques mois avant de mourir, en 1715, Louis XIV déclara officiellement que tous les anciens protestants du royaume étaient censés avoir abjuré. Et cependant, après tous ses "revers, voyant la monarchie dépérir en ses mains décrépites, et sortant enfin de son long aveuglement, il rappela à ses conseillers, laïques et ecclésiastiques, qu'il n'avait rien fait ni décidé, en matière de religion, que d'après leurs avis, et que ce serait à eux, à Le Tellier [son confesseur jésuite] et aux cardinaux, à répondre devant Dieu des erreurs qu'il avait pu commettre". (Chastel, Histoire du Christianisme, tome IV, page 203.)

 

[287] DATES PROPHETIQUES.—Voir note pour la page 355.

 

[288] LA GUERRE A LA BIBLE AU MOYEN AGE.—"Le décret de Toulouse, 1229, ... établissait le tribunal affreux de l'inquisition contre tous les lecteurs de la Bible en langue vulgaire. C'était un décret de feu, de sang et de dévastation. Dans ses chapitres III, IV, V et VI, il ordonnait qu'on détruisît entièrement jusqu'aux maisons, aux plus humbles cachettes et même aux retraites souterraines des hommes convaincus de posséder les Ecritures, qu'on les poursuivît jusque dans leurs forêts et les antres de la terre, qu'on punît même sévèrement jusqu'à leurs receleurs." En conséquence, l'Ecriture "fut prohibée partout; elle disparut en quelque sorte de dessus la terre, elle descendit au sépulcre. ... Ces décrets de mort promulgués d'abord au concile de Toulouse [furent] suivis durant 500 années d'innombrables supplices où le sang des saints coula comme de l'eau." (L. Gaussen, Le Canon des Saintes Ecritures, tome II, ch. VII, sec. 5, thèse 561, et ch. XIII, sec. 2, thèse 641, par. 2.) Voir E. Petavel, La Bible en France, ch. II, par. 3, 8- 10, 13, 21 (édition de Paris, 1864); D. Lortsch, Histoire de la Bible en France, ch. II et III, p. 12-44. Paris et Genève, 1910.

 

[291] UN PEUPLE ATHEE ET LICENCIEUX EN 1793.—Paroles de sir Walter Scott, dans sa Vie de Napoléon Bonaparte. La seconde citation est tirée de Blackwood's Magazine, numéro de novembre 1870. La troisième, au bas de la même page est encore de Walter Scott, Ouv. cité. Comme on l'a vu à la note pour la page 286, cette vague d'incrédulité et d'immoralité qui submergeait tout un peuple avait des causes lointaines et bien précises. Voici encore quelques témoignages à l'appui de cette thèse:

"La France, écrit Paul Seippel, se saigna du meilleur de son sang et l'infusa aux nations voisines pour leur plus grand bien. Par les lois de l'hérédité, cet affaiblissement se fera sentir sur tout le cours de son histoire." (Les Deux Frances.)

"Depuis plus d'un siècle, a dit M. Brunetière, [les protestants] représentaient la substance morale de la France. ... N'avoir pas senti ce qu'il y avait de force et de vertu morale dans le protestantisme, avoir sacrifié au règne de l'unité extérieure et apparente la plus substantielle des réalités, n'avoir pas compris que tout ce qu'on entreprenait contre le protestantisme, on l'accomplissait au profit du déisme et du libertinage, voilà ce qu'on ne saurait trop reprocher à la mémoire de Louis XIV [ou plutôt à celle du clergé influencé par la cour de Rome]." (Cité par Bonnet-Maury, Idem.)

"... Epoque de démoralisation profonde et de scandaleuse incrédulité, dit Vulliet. L'exemple était parti de France, et nulle part le désordre moral ne se montra aussi grand. Mais la contagion se répandit cependant dans tout l'Occident, préparant les terribles calamités qui devaient affliger l'Europe vers la fin du XVIIIe siècle."

"A la vue de pareils scandales, donnés par l'élite de la société française, on se demande s'il aurait été possible que de tels faits ne rendissent pas incrédule la génération qui en était témoin. Comment les esprits généreux ne se seraient-ils pas détournés avec dégoût d'une Eglise qui, tout en se respectant si peu elle-même, maintenait à toute outrance contre les malheureux protestants les édits persécuteurs de Louis XIV, les traquait comme des bêtes fauves dans les déserts où ils allaient rendre à Dieu leur culte, brûlait ou rouait leurs ministres, entassait leurs adhérents les plus zélés sur les galères du roi, enfouissait dans les cachots d'Aigues-Mortes de pauvres femmes prises en flagrant délit de prière dans quelque maison isolée ou au fond des bois?" (Histoire moderne, Préludes de la Révolution, 3e éd., p. 351, 352, 353. G. Bridel, Lausanne.)

"Rien n'est triste comme l'histoire religieuse du dix-huitième siècle. La piété languit; la science est nulle, du moins du côté des défenseurs du christianisme. En Angleterre et en Allemagne, un vent desséchant souffle sur les coeurs et les esprits. ...

"Et cependant, les attaques de la philosophie sont plus pressantes et toujours mieux écoutées. Il faut bien y répondre. Le plus souvent, les répliques ne s'élèvent pas au-dessus d'un indigeste fatras; si l'on excepte Duguet et l'abbé Guenée, les champions de la foi ne surent montrer ni vigueur d'argumentation, ni science solide. Il aurait fallu d'ailleurs qu'ils pussent dégager la vérité de l'Evangile de tout ce qui la surchargeait et la rendait haïssable, dans une Eglise privilégiée, opulente et oppressive. ...

"[Le clergé de] Paris se signale par de déplorables scandales. Trop souvent il sert une messe à laquelle il ne croit plus; il porte à l'autel les parfums du boudoir. La race des abbés galants et libres-penseurs est nombreuse." (L'Eglise et la Révolution française, par E. de Pressensé, Paris, 1864, p. 13, 14, 15.)

"La débauche avait jusqu'alors gardé certains voiles; [sous la Régence] le cynisme des moeurs, comme celui de la pensée, s'affiche tout haut. ... Jamais il ne s'était vu telle légèreté de conduite ni telle licence d'esprit." (Duruy, Histoire de France, 21e édition, tome II, p. 358.)

 

[293] CRUAUTES COMMISES AU SIECLE POLI DE LOUIS XIV.—Wylie, Hist. of Protestantism, liv. XXII, ch. 7. Dans un discours prononcé à Paris, le 23 octobre 1885, le pasteur Eugène Bersier fait allusion au "drame atroce qui se reproduit sur tous les points de la France, dans ce siècle qui s'émeut aux vers mélodieux de Racine, qui savoure les enseignements de la morale la plus délicate, et qui vante la clémence et la douceur de Louis". (Quelques pages de l'Histoire des Huguenots, par Eugène Bersier, Paris, Fischbacher, 1891, p. 120.)

 

[294] GLORIFICATION DU MASSACRE DE LA SAINT-BARTHELEMY.—Cité de Henry White, The Massacre of St Bartholomew.

Faits incontestables. "La municipalité de Paris donna des gratifications aux archers qui avaient aidé au massacre, ... aux fossoyeurs, pour avoir enterré depuis huit jours onze cents corps ou environ; enfin elle fit frapper des médailles pour mémoire du jour de Saint-Barthélemy." (Dict. adm. et histor., par F. et L. Lazare, 1855. Cité par Duruy, Hist. de France, tome II, p. 36, note. Paris, 1876.) Voir une importante bibliographie sur le sujet dans l 'Encyclopédie des Sciences religieuses, par Lichtenberger.

"La nouvelle de la tuerie de Paris fut immédiatement portée à Rome, où le cardinal de Lorraine déclara qu'il l'avait conseillée depuis plusieurs mois. Le pape, qui crut à une conspiration huguenote, ordonna des actions de grâces. Il fit exécuter un tableau de la scène et frapper une médaille commémorative. Rentré en France, le cardinal de Lorraine, au nom du clergé du royaume, félicita publiquement le roi de son acte; il lui remit, de la part de l'Eglise, à titre de remerciements, un don d'argent considérable, avec, en plus, 800 000 livres pour Henri d'Anjou." (Ch. Bost, Histoire des Protestants de France, p. 66.)

ECRASEZ L'INFAME.—Confondant—comme aujourd'hui encore—le pur Evangile avec la superstition et le despotisme clérical, les incrédules de la fin du XVIIIe siècle attaquèrent la religion chrétienne avec une violence inouïe.

"Voltaire, en parlant de Jésus-Christ et de sa religion, disait habituellement à ses amis: "Ecrasez l'infâme", et, écrivant à d'Alembert pour l'animer contre le christianisme, il lui mandait (lettre du 18 mai 1762): "Il faut qu'il y ait cent mains invisibles qui percent le monstre, et qu'il tombe enfin sous mille coups redoublés."" (Crimes de la Révolution française, par un curé, Paris, 1820, p. 109.)

"Pendant plus de vingt ans, dit l'abbé Pagès, on entend Voltaire crier sans répit à ses disciples: "Ecrasons l'infâme"", c'est-à-dire le christianisme, qu'il nomme aussi l'erreur, le préjugé, le fanatisme, la superstition, le colosse, le monstre, etc.

"Ah! frère, écrivait-il au marquis d'Argens, si vous voulez "écraser l'erreur, frère, vous êtes bien tiède!""

"A d'Alembert, le 8 avril 1761: "Que nul, ... n'oublie le premier des devoirs, qui est d'anéantir l'infâme; confondez l'infâme le plus que vous pourrez.""

"A Damilaville, le mois suivant: "Courez tous sur l'infâme habilement. Ce qui m'intéresse, c'est le progrès de la philosophie et l'avilissement de l 'infâme.""

"A Helvétius, le 1er mai 1763: "Vous pouvez plus que toujours écraser l'erreur.""

"A d'Alembert, le 28 septembre 1763: "J'ai toujours peur que vous ne soyez pas assez zélé. Vous enfouissez vos talents, vous vous contentez de mépriser un monstre qu'il faut abhorrer et détruire. Que vous coûterait-il de l'écraser en quatre pages, ayant la modestie de lui laisser ignorer qu'il meurt de votre main?"" (L'Héroïsme du Clergé pendant la Révolution française, par l'abbé Pagès, p. 4, 5, 6.)

"Ils formaient une ligue (ce qui est patent), leur correspondance en fournit d'irrécusables preuves. Le christianisme y est désigné du nom d'infâme ou de superstition christicole; les apôtres y sont appelés douze faquins (1). On y conseille de mépriser les plus savants penseurs "autant que s'ils étaient des saints Pères" (2). Il y est parlé de l'extravagance et de la fourberie de saint Paul (3). On y voit un M. Desmarets qui s'en va faire des observations d'histoire naturelle pour "donner le démenti à Moïse" (4). Leur plan était si connu, que le lieutenant de police, M. Hérault, disait à Voltaire: "Vous avez beau faire, Monsieur, quoi que vous écriviez, vous ne viendrez pas à bout de détruire la religion chrétienne." Et celui-ci n'hésitait pas à lui répondre: "C'est ce que nous verrons (5)." "O mes philosophes! s'écriait le chef de la conjuration, il faudrait marcher serrés comme la phalange macédonienne ...; vous enfouissez vos talents, vous vous contentez de mépriser un monstre qu'il faut abhorrer et détruire ...; travaillez donc à la vigne, écrasez l'infâme (6).""

Sources données par Roselly de Lorgues (Le Christ devant le siècle); (1) Voltaire, lettre à d'Alembert, 24 juin 1760. (2) Voltaire, lettre à Damilaville, 1765. (3) Voltaire, lettre à d'Alembert, 13 janvier 1769. (4) D'Alembert, lettre à Voltaire, 30 juin 1764. (5) Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme. (6) Voltaire, lettres à d'Alembert, 20 avril 1761, 28 septembre 1763, 13 février 1764. (L.-F. Hivert, éditeurs, Paris, 1842.)

 

[295] APOSTASIE DE L'EVEQUE GOBEL.—Scott, ouvrage cité plus haut. L'abjuration de l'évêque Gobel, des évêques Lindet, Lalande et autres fut accompagnée ou suivie de celle de pasteurs protestants et de rabbins. Les rétractations furent suivies d'offrandes patriotiques tirées des trésors des églises et synagogues: chapes, vases précieux, ornements sacerdotaux, coupes d'argent, etc.

 

[297]  L'ATHEISME DE LA CONVENTION.—Scott, ouvrage cité.
Pour rendre d'une façon vivante et concise l'attitude et les intentions des Conventionnels en ce qui concernait la religion, Taine les fait parler en ces termes:

"Nous avons déjà honni de France les ecclésiastiques insermentés, environ quarante mille prêtres, et nous déportons tous ceux qui n'ont pas franchi la frontière dans le délai fixé; nous ne souffrons sur le sol français que les sexagénaires et les infirmes, et encore à l'état de détenus et de reclus; peine de mort contre eux, s'ils ne viennent pas s'entasser dans la prison de leur chef-lieu; peine de mort contre les bannis qui rentrent; peine de mort contre les receleurs de prêtres. Par suite, faute de clergé orthodoxe, il n'y aura plus de culte orthodoxe. La plus dangereuse des deux manufactures de superstition [catholicisme et protestantisme] est fermée. ... Privé de conducteurs par ces désertions volontaires ou forcées, le troupeau catholique se laissera aisément mener hors de la bergerie, et, pour lui ôter la tentation d'y rentrer, nous démolirons le vieil enclos.

"Dans les communes où nous sommes maîtres, nous nous ferons demander, par les jacobins du lieu, L'ABOLITION DU CULTE, et nous l'abolirons d'autorité dans les autres communes par nos représentants en mission. Nous fermerons les églises, nous abattrons les clochers, nous fondrons les cloches, nous enverrons les vases sacrés à la Monnaie, nous briserons les saints, nous profanerons les reliques, nous interdirons l'enterrement religieux, nous imposerons l'enterrement civil, nous prescrirons le repos décadi et le travail du dimanche.

"POINT D'EXCEPTION: puisque TOUTE RELIGION POSITIVE est une maîtresse d'erreurs, NOUS PROSCRIRONS TOUS LES CULTES; nous exigerons des ministres PROTESTANTS une abjuration publique; nous défendrons aux JUIFS de pratiquer leurs cérémonies; NOUS FERONS "UN AUTODAFE DE TOUS LES LIVRES ET SIGNES DU CULTE DE MOISE". Mais, parmi les diverses machines de jonglerie, c'est la catholique qui est la pire, la plus hostile à la nature par le célibat de ses prêtres, la plus contraire à la raison par l'obscurité de ses dogmes, la plus opposée à l'institution démocratique, ... puisque son chef est hors de France. ...

"RIEN NE NOUS TIENT PLUS A COEUR QUE CETTE GUERRE AU CATHOLICISME; aucun article de notre programme ne sera exécuté avec autant d'insistance et de persévérance, c'est qu'il s'agit de LA VERITE: NOUS EN SOMMES LES DEPOSITAIRES, les champions, les ministres, et jamais serviteurs de la vérité n'auront appliqué la force avec tant de détail et de suite à l'extirpation de l'erreur. ...

"A la vérité, nous avons à garder les apparences, et, en parole, nous décréterons la liberté des cultes. Mais, en fait et en pratique, nous détruirons l'officine et nous empêcherons le débit de la drogue; IL N'Y AURA PLUS DE CULTE CATHOLIQUE EN FRANCE, pas un baptême, pas une confession, pas un mariage, pas une extrême-onction, pas une messe: nul ne fera ou n'écoutera un sermon, personne n'administrera ou ne recevra un sacrement sauf en cachette et avec l'échafaud et la prison pour perspective." (Les Origines de la France contemporaine, par H. Taine, vol. VII, Paris, Hachette, 1904, 24e éd.)

"C'est en vain que pour ranimer la ferveur on remplaça à Paris et dans les départements les actrices par les prostituées. L'ennui et le dégoût frappèrent le nouveau culte dès ses débuts. On essaya de l'égayer par la débauche. L'église de Saint-Eustache fut transformée en un vaste cabaret. D'anciens prêtres dansaient la carmagnole avec des courtisanes autour de grands feux où brûlaient missels et livres saints, chapes et reliques. Ce délire fut propagé comme une sorte de danse macabre sur tous les points du pays. A Lyon, un âne fut promené processionnellement, revêtu des ornements sacerdotaux." (L'Eglise et la Révolution française, par E. de Pressensé, Paris, 1864, p. 280.)

LA BIBLE LIVREE AUX FLAMMES.—Dans le numéro du 14 novembre 1793 de la Gazette nationale et Moniteur universel, on lit:

"Le club du Musée annonce [à la Convention] que les citoyens de cette section ont fait justice de tous les livres de la superstition et du mensonge. Bréviaires, livres de prières, ANCIENS ET NOUVEAUX TESTAMENTS ont expié, dans un grand feu, les folies qu'ils ont fait commettre au genre humain."

Un peu plus loin, le même journal raconte qu'à Lyon, après avoir fait boire du vin à un âne en parodie de la sainte Cène, on lui fit traîner UNE BIBLE par les rues.

"N'a-t-on pas vu pousser l'impiété jusqu'à contraindre qu'on livrât LES LIVRES SAINTS et liturgiques pour être brûlés publiquement?" (Crimes de la Révolution française, par un curé, Paris, 1820, p. 106.)

Voilà comment la "Bête qui monte de l'abîme", devait faire "la guerre aux deux témoins, et les vaincre, et les tuer"; et comment leurs corps morts devaient "demeurer étendus dans la place de la grande cité". Apocalypse 11:7, 8.

LA MORT DES DEUX TEMOINS, D'APRES JURIEU.—Dans son livre: L'Accomplissement des prophéties, publié à Rotterdam en 1686, (vol. II, p. 175), Pierre Jurieu commente en ces termes le (verset 8) d'Apocalypse chapter 11:

"Il est à observer qu'il n'y a pas dans le texte sur les places, au pluriel, comme dans notre version française; il y a sur la place, au singulier. Et je ne saurais m'empêcher de croire que ceci a un particulier égard A LA FRANCE, qui est assurément aujourd'hui la plus éminente des provinces de l'Empire du Papisme. Son roi s'appelle le Fils aîné de l'Eglise, le Roy très chrétien, c'est-à-dire très papiste, d'après la langue de Rome. Ce sont les rois de France qui ont fait grands les papes par leurs libéralités. C'est l'Etat de l'Europe aujourd'hui le plus florissant. C'est, en un mot, la place de la grande cité. Et je crois que c'est PARTICULIEREMENT EN FRANCE que les témoins doivent demeurer morts; c'est-à-dire que LA PROFESSION DE LA VERITABLE RELIGION DOIT ETRE ENTIEREMENT ABOLIE. ... LA VERITE SERA MISE A MORT, mais elle ne sera pas ensevelie. La sépulture est un degré au-delà de la mort, elle est toujours conjointe avec la corruption et la destruction totale."

L'auteur de cette étonnante interprétation faite cent sept ans avant l'événement, naquit près de Blois, en 1637, et mourut en 1713, à Rotterdam, où il était pasteur des réfugiés français. Appelé, de son vivant, "l'illustre Jurieu", il combattit avec véhémence le régime persécuteur qui régnait en France, et soutint une longue et âpre controverse avec Bossuet, Maimbourg, Arnauld, Bayle et autres.

C'est nous qui avons mis les majuscules dans le texte qui précède.

Trois ans et demi. (Voir page 308.)—La prophétie annonçait qu'au bout de trois ans et demi—représentés par la période prophétique et symbolique de trois jours et demi—on verrait un revirement complet se produire. Cet événement se rencontre à la date fixée par la prophétie, sur les pages de la Gazette nationale et Moniteur universel. La proscription solennelle de tous les cultes avait été rendue le 30 Brumaire, soit le 20 novembre 1793. Le décret officiel de réhabilitation fut rendu par le Corps législatif ou Conseil des Cinq-Cents le 17 juin 1797, soit au bout de trois ans, six mois et vingt-huit jours!

 

[298] RESPONSABILITE RESPECTIVE DU TRONE ET DE L'EGLISE.—Dans le saisissant tableau de Quinet, que nous reproduisons à la note correspondant à la page 286 (Conséquences logiques de la persécution en France), cet historien semble faire retomber sur la monarchie, sur le gouvernement civil, la responsabilité principale desdites persécutions. La vérité exige d'en attribuer la part principale au clergé de l'Eglise, guidé par la Curie romaine. La persécution fait partie de son dogme "infaillible". Mgr Beaudrillart, évêque d'Himeria et plus tard cardinal, en fait l'aveu avec une franchise étonnante lorsqu'il écrit:

"En face de l'hérésie, l'Eglise ne se borne pas à persuader; les arguments d'ordre intellectuel et moral lui paraissent insuffisants; elle a recours à la force, aux châtiments, aux supplices; elle crée des tribunaux comme celui de l'Inquisition; elle invoque les lois de l'Etat; au besoin, elle déchaîne la croisade, la guerre sainte, la guerre de religion; et toute son "horreur du sang" ne va dans la pratique qu'à le faire verser par le bras séculier, quand il s'y prête, ce qui est presque plus odieux, parce qu'en apparence moins franc, que de le verser soi-même. C'est ce qu'elle a fait notamment au XVIe siècle à l'égard des protestants. Elle ne s'est pas bornée à se régénérer moralement, à prêcher d'exemple, à convertir les peuples par d'éloquents et saints missionnaires; elle a allumé en Italie, aux Pays-Bas et surtout en Espagne, les bûchers de l'Inquisition; en France, sous François 1er et Henri II, en Angleterre sous Marie Tudor, elle a torturé les hérétiques; en France et en Allemagne, pendant la seconde moitié du XVIe et pendant la première moitié du XVIIe siècle, si elle n'a pas commencé, du moins elle a encouragé et efficacement soutenu les guerres religieuses." (P. 222, 223.) (Alfred Beaudrillart, professeur à l'Institut catholique de Paris, L'Eglise catholique, la Renaissance, le Protestantisme, conférences données à l'Institut catholique, janvier à mars 1904. Avec une lettre-préface de S. E. le cardinal Perraud, de l'Académie française. Paris, Bloud et Cie, 1904.)

 

[301] LA MISERE EN FRANCE APRES LA REVOCATION ET LES DRAGONNADES.—"L'un des plus grands serviteurs de la France, Vauban, dans un mémoire confidentiel adressé à Louvois avait, dès 1688, déploré la désertion de 150 000 hommes, la sortie de 60 millions, la ruine du commerce, les flottes ennemies grossies de 9 000 matelots, les meilleurs du royaume, les armées étrangères de 600 officiers et de 12 000 soldats aguerris. Ce n'était là qu'une partie de la vérité, et, dans les années qui suivirent, l'émigration continua, bravant une répression toujours plus cruelle. ...

"On se rappelle les bénédictions divines que l'épiscopat français avait annoncées à Louis XIV; en face de ces prophéties il faut placer un document accablant, ce sont les Mémoires des Intendants du Roi exposant la situation du royaume vers 1700; cette enquête avait été provoquée par le duc de Beauvilliers, gouverneur du fils du Dauphin. Dans ces in-folios manuscrits dont Boulainvilliers publia quelques années plus tard un résumé en trois volumes sous ce titre: Etat de la France, on peut voir ce qu'avait produit l'absolutisme politique et religieux; notez que tout y est singulièrement atténué, car c'était chose fort périlleuse que de déplaire au Roi.

"D'après ces rapports, la population du royaume, de 22 millions était tombée à 19; les ponts, les chaussées se dégradaient partout; les routes étaient peu sûres, les famines périodiques; la marine marchande était ruinée en Normandie et en Saintonge; en certaines provinces, les propriétaires ne touchaient que la dixième partie des fermages qui leur étaient dus; dans la généralité de Rouen, sur 750 000 habitants, 500 000 couchaient littéralement sur la paille. En Touraine, le tiers des laboureurs était parti; Tours avait 80 000 habitants, il n'en a plus que 33 000; Troyes en avait 60 000, il n'en a gardé que 20 000; même décadence à Nantes, à Caen, à la Rochelle; le Périgord a perdu le tiers de sa population; l'Anjou, le quart, le Dauphiné, le huitième.

"En apprenant ces choses, le Roi fut consterné; Fénelon qui les connaissait, voyait la monarchie incliner vers l'abîme; le Conseil du Roi demanda que l'on consultât les évêques sur la question des protestants; le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, inclinait vers la tolérance et rappelait l'exemple de l'Eglise des premiers siècles; en dehors de lui l'épiscopat tout entier se prononça dans un sens contraire, et, tout en avouant que les conversions obtenues par la force étaient peu de chose, il demanda que l'on continuât l'emploi de la contrainte en vue de sauver les générations à venir." (Quelques Pages de l'Histoire des Huguenots, par Eugène Bersier, Paris, Fischbacher, 1891, p. 134, 183.)

"La guerre, la mortalité, les logements et passages continuels des gens de guerre, la milice, les gros droits, la retraite des huguenots ont ruiné ce pays. ... Ces mots désolants, dit Duruy, reviennent à chaque page des mémoires que le roi demandait aux intendants à l'intention du duc de Bourgogne, son petit-fils, sur la situation de leurs provinces. ...

"Les ponts, les chemins sont dans un état déplorable et le commerce anéanti. ... Dans la généralité de Rouen, sur 700 000 habitants, 650 000 ont pour lit une botte de paille. Le paysan, dans certaines provinces, revient à l'état de sauvagerie: vivant le plus souvent d'herbes et de racines, comme les bêtes; et farouche comme elles, il fuit quand on l'approche. "Il n'y a point de nation plus sauvage que ces peuples", dit de ses administrés l'intendant de Bourges; "on en trouve quelquefois des troupes à la campagne, assis en rond au milieu d'un champ et toujours loin des chemins; si l'on approche, cette bande se dissipe aussitôt."" (Duruy, Histoire de France, tome II, 21e éd., p. 311.)

"Sous la Régence, dit le même auteur, la noblesse [était] accablée de dettes; ... les paysans en certaines provinces, manquant de tout, même de paille pour se coucher; ceux des frontières passant à l'étranger; beaucoup de parties du territoire incultes et désertes." (Idem, p. 349.)

Taine cite de nombreux témoignages qui confirment et accentuent ce tableau. (Ouv. cité, tome II, p. 200, 24e édition, Hachette, 1920.)

"Quel fut le nombre des exilés, victimes de l'Edit de Révocation?" demande D. Bonnefon (dans son Histoire de l'Eglise). Il répond: "On ne l'a pas encore précisé et peut-être ne le saura-t-on jamais. L'émigration enleva à la France environ 500 000 protestants, 1 580 pasteurs, 2 300 ouvriers, 1 500 gentilshommes. L'Etat et le clergé s'emparèrent de dix-sept mille propriétés confisquées à leurs légitimes possesseurs, chassés du pays de leurs pères. Les conséquences de cette émigration furent déplorables pour la France. La prospérité intérieure fut tout à coup suspendue, car les protestants avaient à peu près le monopole du commerce et de l'industrie. Par contre, ils enrichirent les contrées qui leur donnèrent asile, et devinrent les promoteurs de leur prospérité." (Paris, Bonhours et Cie, p. 373.)

Parlant du règne de Louis XIV, Calonne l'appelle: "Ce règne éclatant, où l'Etat s'appauvrissait par des victoires, tandis que le royaume se dépeuplait par l'intolérance." (Idem.)

"Dans un mémoire portant ce titre, Pour le rappel des Huguenots, présenté à Louvois, au mois d'octobre 1669 [Vauban] constata que le projet de réunir tous les réformés à l'Eglise catholique, apostolique et romaine avait échoué et que l'Edit révocatoire, loin de produire les effets attendus, avait causé [des maux innombrables]." (G. Bonnet-Maury, Histoire de la Liberté de Conscience en France, p. 58.)

 

[305] SOUFFRANCES DU CLERGE ET DES CATHOLIQUES SOUS LA CONVENTION.—Voir l'Histoire religieuse de la Révolution française de Pierre de la Gorce, de l'Académie française, en cinq volumes (Plon-Nourrit, Paris). Aux volumes II et III, l'auteur décrit les exodes et les emprisonnements de curés et d'évêques, cite les églises supprimées, démolies, désaffectées. A Bordeaux, les catholiques, injuriés, traqués, assaillis, expulsés, célèbrent leur culte clandestinement et la nuit. L'expulsion antireligieuse est accompagnée de déportation, de massacres et de noyades de prêtres.

"On calcule qu'au sortir de la Terreur la liste totale des fugitifs et des bannis contenait plus de cent cinquante mille noms. Il y en aurait eu davantage, si la frontière n'avait pas été gardée par des patrouilles, si, pour la franchir, il n'avait pas fallu risquer sa vie, déguisé, errant la nuit, en plein hiver, à travers les coups de fusil, décidé à se sauver coûte que coûte, pour aller, en Suisse, en Italie, en Allemagne et jusqu'en Hongrie, chercher la sécurité et le droit de prier Dieu à leur façon.—Si quelqu'un des exilés ou déportés se hasarde à rentrer, on le traque comme une bête fauve: sitôt pris, sitôt guillotiné." (Quinet, Ouvrage cité, p. 116.)

ATROCITES COMMISES SOUS LA TERREUR.—"Quelque temps avant Thermidor, dit le représentant Beaulieu, le nombre des détenus s'élevait à près de quatre cent mille; c'est ce qui résulte des listes et des registres qui étaient alors au Comité de Sûreté générale." Edgar Quinet dépeint la barbarie avec laquelle étaient traités ces malheureux prisonniers, qui expiaient en quelque sorte, et sans le savoir, les cruautés que leurs pères avaient infligées, des siècles durant, au peuple de Dieu. (Ouvrage cité, p. 122-124.)

"... Le meurtre après jugement ou sans jugement—178 tribunaux, dont 40 sont ambulants, prononcent, dans toutes les parties du territoire, des condamnations à mort, qui sont exécutées sur place et à l'instant. Du 10 avril 1793 au 9 Thermidor An II, celui de Paris fait guillotiner 2625 personnes, et les juges de province travaillent aussi bien que les juges de Paris. ... Le relevé de ces meurtres n'est pas complet, mais on en a compté dix-sept mille, "la plupart accomplis sans formalité, ni preuve"." (Quinet, Idem, p. 126.)

 

[309] LA REHABILITATION ET LA DIFFUSION DES ECRITURES.—En novembre 1818, se constituait, avec l'autorisation du gouvernement, la Société biblique protestante de Paris, le marquis de Jaucourt étant nommé président, et le duc Decaze, premier ministre, ayant souscrit pour mille francs.—En 1846, le ministre de la guerre fit transporter gratuitement les Bibles et les Nouveaux Testaments envoyés aux troupes d'Algérie.—En 1833, se fondait, également à Paris, la Société biblique française et étrangère, dont le travail de trente-deux ans accusa la distribution de 750 000 volumes et une dépense totale de 2 400 000 francs. En 1864, elle fusionnait avec la Société biblique de France, fondée la même année.

Dès 1820, la Société biblique, britannique et étrangère—qui collaborait depuis 1804 à la diffusion de la Bible en France—ouvrait à Paris une Agence française, dont l'activité ne tarda pas à éclipser celle des Sociétés parallèles, grâce à l'emploi d'un nombre grandissant de colporteurs; en trente années—de 1833 à 1866—le chiffre total des colporteurs engagés fut de 1800. En 1909, ladite société avait répandu en France, depuis 1804, 13 143 031 volumes, dont 5 844 643 par le colportage. En fait de distributions gratuites, la même Société a envoyé 71 612 Nouveaux Testaments aux soldats français pendant la guerre de Crimée, et un million de volumes aux soldats français et allemands pendant la guerre de 1870. Elle a distribué 400 000 Evangiles à l'Exposition universelle de Paris, en 1900, 35 000 aux victimes des inondations de 1910, etc.—Faits intéressants à noter: en 1831, le ministre de l'Instruction publique lui avait commandé 20 000 Nouveaux Testaments pour être employés dans les écoles comme livres de classe, et les avait payés 10 000 francs. L'année suivante, les membres du Conseil royal avaient demandé, aux mêmes conditions, 20 000 Nouveaux Testaments, et un membre de ce conseil, inspecteur des écoles primaires, en avait demandé 20 000 autres pour être distribués dans les écoles de seize départements.

En 1804, selon M. William Canton, de la Société biblique, britannique et étrangère, tous les exemplaires des Ecritures en existence dans le monde entier, en y faisant entrer les manuscrits en toutes langues, ne s'élevaient pas au-dessus de quatre millions. Les différentes langues représentées dans ces exemplaires, en comptant les langues mortes, telles que le moeuso-gothique d'Ulfilas et l'anglo-saxon de Bède, étaient au nombre de cinquante environ. Cent ans plus tard, à la fin de son premier centenaire, la Société biblique britannique et étrangère pouvait rapporter une distribution totale, pour cette seule Société, de 186 680 101 exemplaires de Bibles, Testaments ou portions des Ecritures. Ce total s'élevait, en 1910, à plus de 220 000 000 d'exemplaires, répartis en quelque quatre cents langues différentes.

Il faut ajouter à ce total les millions d'exemplaires des Ecritures ou portions des Ecritures répandus en différentes langues par d'autres Sociétés bibliques ou maisons de commerce. La Société biblique américaine—fille aînée de la Société mère, celle de Londres—rapportait, au cours des 90 premières années de son activité, une distribution totale de 87 296 182 exemplaires. Selon une évaluation des plus modérées, quelque six millions d'exemplaires des Ecritures sont imprimés annuellement par diverses maisons de commerce, ce qui, ajouté à la production totale des Sociétés bibliques, donne le chiffre de vingt-neuf millions d'exemplaires des Ecritures mis annuellement en circulation.

Actuellement, la Bible est traduite en entier en 240 langues, et en partie en 1 190. Il est des dialectes dont elle est la seule littérature. Deux nouvelles versions paraissent chaque mois.—Les ouvrages les plus traduits, après l'Ecriture sainte, sont les écrits d'Homère, en 30 langues, ceux de Shakespeare, en 35 langues, et le Voyage du Pèlerin, de Bunyan, en 80 langues.

 

[310] MISSIONS ETRANGERES.—Les dernières années du dix-huitième siècle ont ouvert une ère brillante d'activité missionnaire, qui ne le cède qu'à celle du premier siècle du christianisme. En 1792, se fondait la Société baptiste, avec Carey comme l'un de ses premiers missionnaires. En 1795, s'organisait la Société missionnaire de Londres; en 1799, la future Church Missionary Society, puis, peu après, la Société missionnaire wesleyenne. En 1812, les chrétiens d'Amérique, pris d'un zèle analogue, fondaient le Comité américain des Missions étrangères, et, en 1814, l'Union missionnaire baptiste. Adoniram Judson, l'un des premiers missionnaires qui quittèrent les rives de l'Amérique, mettait à la voile pour Calcutta en 1812. En 1837, s'organisait le Comité presbytérien.

Les sociétés de missions protestantes sont au nombre de 300. Les unes dépendent exclusivement de certaines Eglises (anglicane, épiscopale, baptiste, méthodiste, luthérienne, presbytérienne, adventiste du septième jour, etc.). Les autres sont soutenues par les amis des missions de toutes les Eglises et n'ont aucune couleur ecclésiastique.—Une société de missions particulièrement intéressante, qui date de 1732, est la Mission morave, dont le siège est à Hernhut, en Saxe, et qui a été appelée la diaconesse des races agonisantes: Esquimaux, Peaux-Rouges, Papous, etc.—La Société des Missions de Bâle, fondée en 1815, la Société des Missions de Berlin, les Sociétés scandinave, finlandaise et belge mériteraient une mention spéciale. —Avant la guerre de 1914-18, 25 sociétés allemandes entretenaient plus de 2 200 missionnaires.

Le protestantisme français possède une grande société de missions fondée à Paris en 1822: la Société des Missions évangéliques chez les peuples non chrétiens. Cette société a donné à l'Afrique trois hommes éminents: Eugène Casalis (1812-1891), Adolphe Mabille (1836-1894), François Coillard (1834-1904). Elle opère dans dix champs de travail: Dakar, Conakry, Togo, Cameroun, Zambèze, Lessouto, Gabon, Madagascar, Tahiti et Nouvelle-Calédonie. La Mission romande, dont le siège est à Lausanne, a des stations dans l'Ouganda et au Transvaal.—Les missions en pays païens dirigées et soutenues par les adventistes du septième jour datent de 1894 seulement. Néanmoins, elles opèrent actuellement en 928 langues. Elles ont envoyé, depuis 1901, plus de 9 767 missionnaires.

Dans un article publié par la Missionary Review of the World de janvier 1910, le Dr A. T. Pierson écrivait: "Il y a un demi-siècle, la Chine, la Mandchourie, le Japon et la Corée, la Turquie et l'Arabie, et même le vaste continent africain dormaient, nations ermites, enfermées dans les cellules d'une longue réclusion. L'Asie centrale comme l'Afrique centrale étaient relativement inexplorées. En plusieurs pays, l'empire de Satan était incontesté, et n'était l'objet d'aucune attaque. ... L'Italie et l'Espagne incarcéraient quiconque était assez osé pour vendre une Bible ou prêcher l'Evangile. ... Dans une grande partie des champs païens, les portes étaient fermées et verrouillées par l'exclusion et par le système des castes. Les changements qui se produisent actuellement de tous côtés sont tellement remarquables, sont si radicaux que, pour celui qui émergerait soudain du milieu du siècle dernier, le monde serait méconnaissable. Celui qui tient les clefs de toutes les portes les a ouvertes et a disposé tous les pays à recevoir les messagers de la Croix. Même dans la Ville éternelle, où, il y a un demi-siècle, le voyageur étranger devait—avant d'entrer—laisser sa Bible en dehors des murailles, les Ecritures sont librement répandues, et on trouve nombre de chapelles protestantes."

Des statistiques récentes concernant les Missions protestantes nous apprennent que le nombre des missionnaires européens et américains est de 69 730 dont 19 985 femmes. Quant au personnel indigène des Missions (pasteurs, évangélistes, catéchistes, instituteurs et institutrices) il comprend 512 696 personnes, dont 77 112 femmes. Les Missions protestantes ont fondé de nombreux hôpitaux, dispensaires, écoles primaires, secondaires et universités dont elles assurent le service. Les Missions adventistes ont, pour leur part, 326 hôpitaux et dispensaires. Leurs écoles sont au nombre de 4 520 dont 10 léproseries.

 

[353] DATES PROPHETIQUES.—Voir la note pour la page 355.

 

[355] DATES PROPHETIQUES.—Les faits historiques et chronologiques se rapportant aux prophéties des chapitres 8 et 9 de Daniel, y compris les preuves solides fixant l'année 457 avant J.-C. comme la date véritable marquant le point de départ de ces périodes, ont été clairement exposés par nombre d'interprètes. Signalons, parmi les théologiens catholiques, une étude de l'abbé Mémain: Les 70 Semaines de la Prophétie de Daniel (Haton, 35, rue Bonaparte, Paris, 1904). Voir particulièrement les pages 31-48. Et parmi les théologiens protestants: J.-A. Bost, qui écrit ce qui suit: "Esdras fut mis par Artaxerxès-Longuemain à la tête de la seconde colonie qui revint en Judée en 457. C'est à cette même année qu'on rattache d'ordinaire aussi le commencement des 70 semaines de Daniel 9:24." (Hist. des Macchabées, p. 7, 17;—l'Index de la Bible Segond, p. 87.) Louis Burnier, qui dit: "La date de la commission donnée à Esdras par Artaxerxès est une date importante, puisqu'il faut partir de là et non d'ailleurs ... pour calculer les 70 semaines de Daniel." (Etudes élémentaires, II, 457, 458;—l'Encyclopédie des sciences religieuses, vol. 1, 621; Isaac Newton; l'astronome suisse De Cheseaux.)—Parmi les Anglais, il faut citer tout spécialement l'ouvrage du célèbre astronome Sir Isaac Newton, Observations upon the prophecies of Daniel and the Apocalypse of St. John, ch. X, London ed., 1733, p. 128-143. Pour la date de la crucifixion, voir Wm. Hales, Analysis of Chronology, vol. I, p. 94-101; vol. III, p. 164-258, 2d London ed., 1830.

 

[362] CHUTE DE L'EMPIRE OTTOMAN.—Pour plus de détails sur la chute prédite de l'Empire ottoman au cours du mois d'août 1840, voir J. Litch, The Probability of the second Coming of Christ about A. D. 1843 (publié en juin 1838); J. Litch, An Adress to the Clergy (publié au printemps de 1840); une seconde édition, avec nouveaux faits historiques établissant la justesse des précédents calculs de la période prophétique, fut publiée en 1841; The Advent Shield and Review, vol. I, 1844, n0 1, article 2, p. 56, 57, 59-61; J. N. Loughborough, The Great Advent Movement, p. 129-132, éd. de 1905; J. Litch, article dans les Signs of the Times and Expositor of Prophecy, du 1er février 1841.

 

[368] LES ECRITURES ENLEVEES AU PEUPLE.—Sur l'attitude de l'Eglise romaine relativement à la mise en circulation des Ecritures parmi le peuple en langue vulgaire, voir Catholic Encyclopaedia, art. "Bible"; La Foi de nos Pères, par le cardinal James Gibbons, trad. de l'abbé Saurel sur la 28e éd. anglaise, ch. 8, Resaux-Bray, Paris, 1886; F. Bungener, Histoire du Concile de Trente, vol. I, p. 151-163, Joël Cherbuliez, Paris et Genève, 1847.

 

[393] DEUX ASSAUTS DU RATIONALISME, AU COMMENCEMENT DU XIXe ET DU XXe SIECLE.—Au cours du XVIIIe siècle et jusqu'au commencement du XIXe, le protestantisme, dans toute l'Europe, avait été envahi par une vague de scepticisme. Dans les chaires, comme dans les auditoires de théologie, le vrai Evangile était remplacé par les vieilles hérésies desséchantes autrefois professées par Arius, Socin et Pélage. Sans une série de puissants réveils c'en était fait du protestantisme. Ces réveils, provoqués par le souffle d'en haut, groupèrent de nombreux croyants, en Amérique et en Angleterre, autour d'hommes tels que Wesley et les Whitefield, en Allemagne, autour des Arndt, des Spener, des Zinzendorf, des Bengel.

Dans les pays de langue française, le réveil fut présenté par une pléiade d'hommes de talents divers, mais tous pareillement touchés de la grâce, consacrés au salut des âmes, et soumis à l'Ecriture comme étant l'infaillible Parole de Dieu. Parmi les plus distingués, nommons César Malan, H.-L. Empaytaz, H. Pyt, Félix Neff, F. Gonthier, Ami Bost, Louis Gaussen, J.-H. Merle d'Aubigné, A. Rochat, S. Gobat, L. Burnier, puis, plus tard, Alexandre Vinet et Adolphe Monod, Emile Guers, le comte A. de Gasparin. Au début, Dieu s'était servi de quatre étrangers pour allumer, à Genève et ailleurs, la flamme de la foi aux Ecritures: Mme de Krudener, Zinzendorf, Wilcox et Haldane. Une école de théologie, dite de l'Oratoire et deux ou trois églises indépendantes de l'Etat s'organisèrent dans la ville de Calvin. Ces troupeaux constituèrent le noyau d'un mouvement puissant qui répandit ses effets bienfaisants dans toutes les directions. L'esprit missionnaire, inséparable de tout vrai réveil, ne tarda pas à prendre son essor, et se donna pour organe principal la Société évangélique, dont les nombreux colporteurs et missionnaires allèrent fonder et édifier des stations, des églises et des missions sur divers points de France, en Belgique et au Canada.

Mais un nouvel assaut de l'ennemi guettait les Eglises nationales, ainsi que les Eglises séparées issues de la prédication du pur Evangile. Ce péril eût été efficacement conjuré avec les armes que Dieu offrait en ce moment aux Eglises: de nouvelles lumières, destinées à fortifier la doctrine évangélique en la ramenant plus complètement à la Bible. Citons le baptême biblique des seuls croyants, et par immersion; le sommeil des morts; la destruction finale des impénitents, la prochaine venue du Seigneur, et enfin le maintien du Décalogue intégral par le retour au jour de repos du quatrième commandement. L'achèvement de la Réforme comme le réclamait avec insistance A. de Gasparin eût sauvé le protestantisme du danger mortel du modernisme. En poussant les  principes du seizième siècle et du Réveil jusqu'à leurs dernières conséquences, tout était sauvé. Le présent livre en fait foi. En revanche, une inconséquence, une seule—et il y en avait une bonne demi-douzaine—pouvait tout perdre!

En effet, à la faveur de ces inconséquences, et grâce aux discussions stériles et au désarroi doctrinal qui en résultaient, un nouveau rationalisme déguisé: la "Haute Critique" soi-disant littéraire et scientifique des textes originaux, sapait insidieusement et battait en brèche la foi de la nouvelle génération. Cela remonte à quarante ou soixante ans. Aujourd'hui, sauf quelques îlots clairsemés, tout est emporté par la marée. Un des exemples les plus significatifs et les plus attristants est peut-être la fermeture récente de l'Ecole de théologie de l'Oratoire, où l'enseignement de l'autorité et de l'infaillibilité des Ecritures—véritable raison d'être de l'établissement—avait cessé d'être donné depuis un certain nombre d'années.

 

[396] LES OUVRAGES DE GAUSSEN SUR LA PROPHETIE.—Son principal ouvrage sur la prophétie, intitulé: Daniel le prophète exposé dans une suite de leçons pour une école du dimanche (3 vol. in-80, Genève et Paris, 1839, 1848, 1849), est un relevé sténographique revu par l'auteur. Il est malheureusement épuisé. Un autre ouvrage prophétique du même auteur est le discours prononcé pour la rentrée de l'Ecole de théologie, en 1843. C'est un exposé magistral de la onzième corne de la vision de Daniel. Ce discours, réimprimé, a pour titre: L'Antichrist et l'accomplissement des Ecritures. Brochure in-12 de 32 pages.

 

[403] ROBES D'ASCENSION.—Fable forgée de toutes pièces par les adversaires des adventistes en vue de jeter l'opprobre sur leur cause. Selon cette invention, les adventistes auraient préparé des robes spéciales pour aller à la rencontre du Seigneur. Elle a été si activement répandue que plusieurs y ont cru; mais des enquêtes répétées en ont établi la fausseté. Une forte récompense a même été offerte durant plusieurs années à celui qui pourrait donner une preuve à l'appui de cette affirmation; mais la récompense attend encore son destinataire. Aucun de ceux qui attendaient le retour du Seigneur n'était assez ignorant des Ecritures pour croire que des robes de leur fabrication fussent nécessaires pour cette occasion. La seule robe dont les saints auront besoin pour aller au-devant du Seigneur, ce sera le "vêtement blanc" de la justice de Jésus-Christ. Voir Apocalypse 19:8.

 

[404] CHRONOLOGIE PROPHETIQUE.—Le Dr Georges Bush, professeur d'hébreu et de langues orientales à l'Université de New York, dans une lettre adressée à M. Miller, et publiée dans l'Advent Herald and Signs of the Times Reporter, Boston, les 6 et 13 mars 1844, faisait les déclarations importantes qui suivent touchant ses calculs des temps prophétiques. M. Bush écrit:

"On ne saurait douter, selon moi, que vous et vos amis n'ayez mis beaucoup de soin dans l'étude de la chronologie prophétique, et que vous ne vous soyez épargnés aucune peine pour déterminer avec précision le point de départ et la fin de ses grandes périodes. Si ces prophéties ont été insérées dans les saints livres par le Saint-Esprit, c'est sans doute dans l'intention qu'elles soient étudiées, et, probablement aussi, pour qu'elles finissent par être parfaitement comprises; nul ne peut être accusé de légèreté ou de présomption pour avoir respectueusement tenté de le faire. ... En donnant à un jour la valeur prophétique d'une année, je crois que vous êtes d'accord avec la plus saine exégèse; en tout cas, vous êtes soutenus par de grands noms tels que Mede, Sir Isaac Newton, Kirby, Scott, Keith et une foule d'autres, qui sont arrivés, en somme, et depuis longtemps, aux mêmes conclusions que vous sur ce sujet. Tous s'accordent à reconnaître que les principales périodes de Daniel et de saint Jean se terminent à peu près en notre temps; il serait donc peu logique de vous taxer d'hérésie pour avoir exposé les mêmes vues que ces éminents théologiens. ... Vos conclusions, dans ce domaine, ne me semblent pas de nature à mettre en danger ni les intérêts de la vérité ni la vie chrétienne. ... A mon avis, votre erreur est ailleurs que dans vos computations chronologiques. ... Vous vous êtes entièrement mépris sur la nature des événements qui doivent se produire à l'expiration de ces périodes. C'est là le tort principal de votre interprétation."

 

[415] LE PUSEYISME.—Mouvement qui pousse une partie de l'Eglise anglicane dans la direction du catholicisme. Il eut pour principal initiateur, en 1830, à Oxford (d'où le nom de "mouvement d'Oxford"), Edouard Pusey. Ce dernier insistait sur la succession apostolique, acceptait la doctrine de la justification par les oeuvres, attribuait une vertu divine aux sacrements, admettait le purgatoire, les pénitences ecclésiastiques, la messe et les fêtes des saints.—Il y a actuellement un millier d'églises dites protestantes, en Angleterre, qui célèbrent la messe.

 

[430] DATES PROPHETIQUES.—Voir la note pour la page 355.

 

[455] "LA PURIFICATION DU TABERNACLE CELESTE."—Sous ce titre, on lit aux pages 495-497 du Mystère de la Passion et Théorie de la Rédemption, par F. de Rougemont (Neuchâtel, 1876):

"L'oeuvre du salut opérée sur la croix ne se termine pas brusquement au tombeau vide du Sauveur. Elle se poursuit dans les cieux; car Jésus-Christ a "trouvé une rédemption éternelle" (Hébreux 9:12), et il exerce auprès de Dieu "la sacrificature qui ne peut passer, étant toujours vivant pour intercéder" (Hébreux 8:24, 25) en notre faveur et pour "propitier" nos péchés Hébreux 2:17. Hilaskestaï n'est point expier. Nos péchés ont été expiés une fois pour toutes sur la croix. Dans les cieux, par sa perpétuelle intercession, Jésus-Christ nous maintient propice Dieu qu'irriteraient sans lui nos péchés continuels.

"ICI S'OFFRE A NOUS TOUT UN CYCLE DE VERITES REVELEES QUI N'A POINT PRIS SA PLACE DANS LA CONSCIENCE ET LA THEOLOGIE DE L'EGLISE. ...

"... L'Epître aux Hébreux nous le dit en termes si clairs qu'ils ont ébloui et aveuglé l'Eglise. De même que sous l'ancienne Loi le Lieu très saint luimême et le temple étaient souillés par les émanations empestées d'Israël et "devaient être purifiés chaque année à la grande fête des expiations par le sang des victimes", il était de même nécessaire que le tabernacle céleste, "plus grand et plus parfait que l'autre", au moment où il allait s'ouvrir à la race déchue d'Adam, fut purifié ... par Jésus-Christ."

 

[472] UN TRIPLE MESSAGE.—La teneur du message du premier ange nous est donnée dans Apocalypse 14:6, 7. Le prophète ajoute: "Et un autre, un second ange le suivit, en disant: Elle est tombée, elle est tombée, Babylone la grande. ... Et un autre, un troisième ange les suivit." Le terme rendu dans ce passage par "suivit" signifie, employé de la même manière, "aller avec". Le lexique de Liddell and Scott rend ainsi ce terme: "Suivre quelqu'un, aller derrière lui ou avec lui." Celui de Robinson dit: "Suivre, aller avec, accompagner quelqu'un." C'est le même terme qui est employé dans (Marc 5:24): "Jésus alla avec lui, et une grande foule le suivait et le pressait de tous côtés." Il est appliqué aux 144 000, quand il est dit: "Ceux-là suivent l'agneau partout où il va." Apocalypse 14:4. Il est évident que, dans ces deux passages, la pensée est: aller ensemble, agir de concert. Dans (1 Corinthiens 10:4), où il est écrit que les enfants d'Israël "buvaient à un rocher spirituel qui les suivait", le mot "suivait" est traduit du même vocable original. Il faut en conclure que l'idée exprimée dans (Apocalypse 14:8) et 9 n'est pas seulement que les second et troisième messages se suivent, chronologiquement parlant, mais qu'ils se rejoignent et opèrent ensemble. Les trois messages ne sont en réalité qu'un triple message. Ils sont trois dans l'ordre de leur naissance. Mais dès qu'ils sont nés, ils marchent ensemble et deviennent inséparables.

 

[484] SUPREMATIE DES EVEQUES DE ROME.—Quelques-unes des principales circonstances qui portèrent l'évêque de Rome à la suprématie sont esquissées dans l'Histoire ecclésiastique de Mosheim, second siècle, livre II, chap. IV, section 9-11. Voir aussi Gieseler, 1re période, 3e div., ch. IV, sec. 66, par. 3; et J. N. Andrews, History of the Sabbath, p. 276-279, 3rd ed., revised.

 

[521] PURIFICATION DU TABERNACLE CELESTE.—Voir note pour la page 455.

 

[622] EDIT DE CONSTANTIN.—Voir note pour la page 52.

 

[627] L'EGLISE D'ABYSSINIE.—Sur l'observation de l'ancien sabbat en Abyssinie, voir le Doyen A. P. Stanley, Lectures on the History of the Eastern Church, lecture 1, par. 15 (N. Y. ed. 1862, p. 96, 97); Michael Geddes, Church History of Ethiopia, p. 87, 88, 311, 312; Gibbon, Décadence et Chute de l'Empire romain, Paris, Desrez, 1840, tome II, ch. 47, page 304, col. 1; Samuel Gobat, Journal of three Year's Residence in Abyssinia, p. 55-58, 83, 93, 97, 98 (N. Y. ed., 1850); A. H. Lewis, A Critical History of the Sabbath and the Sunday in the Christian Church, p. 208-215 (2d ed. rev.).

 

[629] PREROGATIVES PAPALES.—Voir la note pour la page 58.

 

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Il n'est guère possible de capturer toute la méchanceté et
le mal dans ce monde sans avoir lu le livre
Les Deux Babylones


Le jour de fin du monde est imprévisible, mais quand
féroce la haine mondiale surgit contre un petit groupe chrétien, ce
sera environ une année de plus. En attendant, il peut y avoir
confusion et la perplexité, mais soyez assuré, le jour de la fin,
quant à ce jour, personne ne les connaît, pas même les
anges dans le ciel ni le Fils, le Père seul les connaît.
Marc 13:32

 

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