Venez à l’écart ... et reposez-vous


Ce chapitre est basé sur Matthieu 14:1, 2, 12, 13; Marc 6:30-32; Luc 9:7-10.

Après leur tournée missionnaire, "les apôtres se rassemblèrent auprès de Jésus et lui racontèrent tout ce qu'ils avaient fait et tout ce qu'ils avaient enseigné. Il leur dit: Venez à l'écart dans un lieu désert et reposez-vous un peu. Car beaucoup de personnes allaient et venaient, et ils n'avaient pas même le temps de manger."

Les disciples vinrent à Jésus et lui racontèrent tout. L'intimité dans laquelle ils se trouvaient avec Jésus les encourageait à lui exposer leurs expériences heureuses ou malheureuses, la joie éprouvée par eux en constatant les résultats de leurs efforts, ainsi que la douleur causée par leurs échecs, leurs fautes et leurs faiblesses. Ils avaient commis des erreurs dans cette première tentative d'évangélisation, et quand ils lui eurent franchement fait part de leurs expériences, le Christ comprit qu'ils avaient besoin d'un supplément de connaissances. Il s'aperçut aussi qu'ils étaient fatigués et avaient besoin de repos.

L'isolement nécessaire était impossible là où ils étaient; "car beaucoup de personnes allaient et venaient, et ils n'avaient pas même le temps de manger". Les gens se pressaient autour du Christ, désireux d'être guéris et d'entendre ses paroles. Bon nombre se sentaient attirés vers lui: ils voyaient en lui la source de toutes les bénédictions. Plusieurs de ceux qui se pressaient alors autour du Christ pour recevoir le bienfait de la santé l'acceptèrent comme leur Sauveur. D'autres, qui n'osaient le confesser, de crainte des pharisiens, furent convertis plus tard, lors de la descente du Saint-Esprit, et le reconnurent comme le Fils de Dieu en dépit de la fureur des prêtres et des chefs.

Mais pour le moment le Christ soupirait après la solitude; il voulait être seul avec ses disciples à qui il avait encore tant à dire. Ils avaient eu des luttes à soutenir en accomplissant leur mission et avaient rencontré diverses formes d'opposition. Ils avaient eu l'habitude, auparavant, de consulter le Christ pour toutes choses; mais ils s'étaient trouvés seuls pendant quelque temps et souvent bien embarrassés, ne sachant que faire pour agir correctement. Leur travail leur avait procuré des encouragements, car le Christ ne les avait pas envoyés sans les accompagner de son Esprit; la foi qu'ils avaient en lui leur avait permis d'accomplir bien des miracles; mais maintenant ils éprouvaient le besoin d'être nourris du pain de vie. Il leur fallait se retirer en un lieu écarté où ils pussent jouir de la communion de Jésus et recevoir des directives en vue de leur activité à venir.

Le Christ éprouve une tendresse et une compassion infinies pour tous ceux qui travaillent à son service. Il voulait montrer à ses disciples que Dieu n'exige pas le sacrifice, mais la miséricorde. Ayant mis toute leur âme dans leur travail en faveur d'autrui, et épuisé ainsi leurs forces physiques et intellectuelles, ils avaient le devoir de se reposer.

Le succès de leurs efforts exposait les disciples au danger de s'en attribuer le mérite, de cultiver l'orgueil spirituel et de devenir ainsi la proie des tentations de Satan. La première chose qu'ils avaient à apprendre, en vue de l'œuvre immense qui s'étendait devant eux, c'était que leur force ne résidait pas en eux-mêmes, mais en Dieu. Tout comme Moïse, au désert de Sinaï, ou comme David parmi les collines de la Judée, ou Elie près du torrent de Kérith, les disciples avaient besoin de s'éloigner des lieux de leur activité pour communier avec le Christ, avec la nature et avec leurs propres cœurs.

Pendant que les disciples effectuaient leur tournée missionnaire, Jésus avait visité d'autres villes et d'autres villages, prêchant l'Evangile du royaume. C'est vers ce temps qu'il apprit la mort du Baptiste. Cet événement lui rappela vivement la fin vers laquelle il s'était acheminé. Son sentier s'assombrissait de plus en plus. Prêtres et rabbins complotaient sa mort, des espions le poursuivaient, et, de tous côtés, on travaillait à sa ruine. La prédication des apôtres à travers la Galilée éveilla l'attention d'Hérode sur Jésus et sur son œuvre. "C'est Jean-Baptiste, dit-il; il est ressuscité des morts"; et il exprima le désir de voir Jésus. Hérode vivait dans une crainte continuelle, redoutant qu'on ne préparât, en secret, une révolution ayant pour but de le renverser du trône et de briser le joug que les Romains faisaient peser sur la nation juive. L'esprit de mécontentement et d'insurrection régnait parmi le peuple. Il était évident que les travaux publics du Christ ne pourraient pas continuer longtemps en Galilée. Sa passion approchait, et il sentait le besoin de se trouver un moment loin de la confusion des foules.

Avec un profond chagrin les disciples de Jean avaient enseveli son corps mutilé. Puis "ils allèrent l'annoncer à Jésus". Ces disciples avaient été mécontents de voir que le Christ semblait vouloir détourner le peuple de Jean. Ils avaient pris position avec les pharisiens lorsque ceux-ci l'avaient accusé parce qu'ils l'avaient trouvé assis avec des péagers au festin offert par Matthieu. Du fait qu'il n'avait pas mis en liberté le Baptiste, ils avaient douté de sa mission. Maintenant que leur maître était mort, ils éprouvaient le besoin de consolation dans leur grand deuil et aussi de direction au sujet de leur travail futur; ils vinrent donc à Jésus et voulurent partager sa destinée. Eux aussi avaient besoin d'un peu de tranquillité pour jouir de la communion avec le Sauveur.

On était au printemps. Près de Bethsaïda, à l'extrémité septentrionale du lac, se trouvait une région solitaire et verdoyante qui offrait une retraite agréable à Jésus et à ses disciples. Ils se mirent en route dans cette direction, et, sur une barque, traversèrent le lac. Ils allaient se trouver loin des routes fréquentées, hors du tourbillon des affaires et de l'agitation de la ville. Le spectacle de la nature constituait à lui seul un repos, un changement salutaire. Ils pourraient enfin écouter les paroles du Christ sans être troublés par les interruptions, les répliques et les accusations irritées des scribes et des pharisiens. Ils pourraient jouir pendant quelque temps de la compagnie de leur Seigneur. Ce n'est pas un repos égoïste que le Christ allait prendre avec ses disciples. Le temps qu'ils allaient passer à l'écart ne serait pas consacré à la recherche du plaisir. Ils s'entretiendraient au sujet de l'œuvre de Dieu et rechercheraient les moyens d'assurer un plus grand rendement à leurs travaux. Ayant été avec le Christ, les disciples étaient à même de le comprendre; il n'avait donc pas besoin, en s'adressant à eux, de parler en paraboles. Il corrigeait leurs erreurs et leur enseignait comment entrer en rapport avec les âmes. Il leur dévoilait plus complètement les riches trésors de la vérité divine. Ils étaient galvanisés par une puissance divine; un nouvel espoir et un nouveau courage leur étaient insufflés.

Bien que Jésus pût faire des miracles, et qu'il eût communiqué à ses disciples le pouvoir d'en opérer, il conduisit pourtant ses serviteurs fatigués à l'écart, pour y trouver du repos au sein de la nature. Quand il leur disait que la moisson était grande et qu'il y avait peu d'ouvriers, son intention n'était pas de leur imposer des labeurs incessants. Voici ce qu'il leur dit: "Priez donc le Seigneur de la moisson d'envoyer des ouvriers dans sa moisson." Dieu a assigné à chacun sa tâche, suivant ses capacités, et il ne faut pas que quelques-uns soient écrasés par les responsabilités alors que d'autres n'ont point de fardeau et ne se soucient pas des âmes.

Le Christ adresse aujourd'hui, à ses ouvriers usés de fatigue, les mêmes paroles de compassion: "Venez à l'écart, ... et reposez-vous un peu." Il n'est pas sage de rester toujours sous la tension de l'effort et de l'excitation, même pour s'occuper des besoins spirituels des hommes, car alors on néglige la piété personnelle, et l'esprit et le corps se trouvent surmenés. Les disciples du Christ sont appelés au renoncement; des sacrifices leur seront demandés; mais il faut veiller à ce qu'un excès de zèle de leur part ne donne pas à Satan l'occasion de profiter de la faiblesse humaine et de nuire ainsi à l'œuvre de Dieu.

Les rabbins estimaient une activité tumultueuse comme la plus haute expression de la piété. Celle-ci devait se montrer par des actes extérieurs. Ils s'éloignaient donc de Dieu et se drapaient dans leur propre suffisance. Les mêmes dangers existent aujourd'hui. Dans la mesure où l'activité s'accroît et où l'on réussit dans ce que l'on fait pour Dieu, on risque de mettre sa confiance dans des méthodes et des plans humains. On est enclin à prier moins, à avoir moins de foi. On risque, ainsi que les disciples, de ne plus sentir sa dépendance à l'égard de Dieu et de chercher un moyen de salut dans sa propre activité. Il nous faut toujours regarder à Jésus et comprendre que c'est sa puissance qui agit. Tout en travaillant avec zèle en vue de sauver ceux qui sont perdus, prenons le temps de prier, de méditer la Parole de Dieu. Seuls, les efforts accompagnés de beaucoup de prières et sanctifiés par les mérites du Christ, serviront, d'une manière durable, la bonne cause.

Personne n'a eu une vie aussi remplie et aussi chargée de responsabilité que celle de Jésus; cependant il consacrait beaucoup de temps à la prière. Il était constamment en communion avec Dieu, et c'est à maintes reprises que nous lisons des explications comme celles-ci: "Vers le matin, pendant qu'il faisait encore très nuit, il se leva et sortit pour aller dans un lieu désert où il se mit à prier." "Lui se retirait dans les déserts et priait." "Jésus se rendit à la montagne pour prier, et il passa toute la nuit à prier Dieu."

Bien que sa vie s'écoulât tout entière à faire du bien, le Sauveur voyait la nécessité de s'éloigner des routes fréquentées et des foules qui l'assiégeaient tous les jours. Il devait interrompre son activité incessante et son contact avec les nécessiteux pour chercher l'isolement et se retremper dans la communion avec son Père. Devenu un avec nous, participant à nos besoins et à nos faiblesses, il dépendait complètement de Dieu et cherchait, dans la prière secrète, la force divine qui le mettrait à même d'accomplir son devoir et de supporter l'épreuve. Se trouvant dans un monde de péché, Jésus supporta les luttes et les angoisses. Sa communion avec Dieu lui permettait de déposer le fardeau de douleurs qui l'eût écrasé. La prière lui offrait un réconfort et une joie.

Le cri de l'humanité, poussé par le Christ, émouvait l'infinie pitié du Père. En tant qu'homme, il adressait ses supplications au trône de Dieu; comme résultat, un courant céleste venait charger son humanité et établir une relation entre l'humanité et la divinité. Grâce à une communion continuelle, il recevait de Dieu une vie qu'il pouvait communiquer au monde. Nous sommes appelés à répéter la même expérience.

"Venez à l'écart", nous dit-il. Nous serions plus forts et plus utiles si nous écoutions ce conseil. Les disciples ayant tout raconté à Jésus, il les encouragea et les instruisit. Si nous prenions aujourd'hui le temps d'aller à lui pour lui exposer nos besoins, nous ne serions pas déçus; il se tiendrait à notre droite pour nous aider. Ce qu'il nous faut, c'est plus de simplicité, plus de confiance en notre Sauveur. Il est le Conseiller admirable, celui qui s'appelle "le Dieu fort, le Père d'éternité, le Prince de la paix", celui dont il est dit que "l'empire a été posé sur son épaule". Nous sommes exhortés à rechercher la sagesse auprès de lui, "qui donne à tous libéralement, et sans récriminer".

En tous ceux qui sont à l'école de Dieu doit se manifester une vie qui ne soit pas en harmonie avec le monde, avec ses coutumes et ses pratiques; chacun doit, dans sa propre expérience, arriver à savoir quelle est la volonté de Dieu. Chacun doit l'entendre parler à son propre cœur. Ayant fait taire toutes les autres voix, et restant en la présence de Dieu, le silence de notre âme nous permettra d'entendre plus distinctement la voix d'En-Haut. "Arrêtez, dit-il, et sachez que c'est moi qui suis Dieu." Là seulement est le vrai repos où l'on se prépare, réellement, à travailler pour Dieu. Au milieu de la foule en tumulte, et malgré la tension d'une activité intense, l'âme, ainsi rafraîchie, se trouve entourée d'une atmosphère de lumière et de paix. Un parfum se dégage, manifestant une puissance divine, capable de toucher les cœurs.

 

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